Paroisse Saint-Léonard de Croissy-sur-Seine
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      Lettre à mes paroissiens

Lettre à mes paroissiens

La lettre dans laquelle notre curé annonce son départ et ses regrets de quitter notre communauté paroissiale.


Chers amis,

Dans le courant du mois de janvier dernier, un certain nombre d’entre vous, tels « d’irréductibles gaulois » des rives de Seine, résistant encore et toujours aux consignes de leur curé, décidait de passer outre en toute discrétion… Le secret fut si bien gardé jusqu’à sa révélation qu’il devint objet de perplexité pour votre pasteur ! Ainsi donc, on pouvait lui cacher des choses et agir sans qu’il puisse s’en rendre compte ?... Cette faille du système naturel de renseignement curial devra être étudiée avec la plus grande attention à l’avenir !...

Me rendant à la Roseraie pour y célébrer la messe hebdomadaire du vendredi, il est vrai que je fus un peu surpris du nombre inhabituel d’inhabitués… D’autant plus que notre organiste, Marc Roussin, avait décidé de venir accompagner cette messe au piano et de se faire assister par l’une de nos animatrice, Béatrice. Je pris cela pour une délicate attention post-nativité – attention qui, de leur part, ne me surprenait guère – confirmée par l’argument qu’ils me présentèrent, à savoir offrir à nos chers résidents une messe de Noël dont une sévère épidémie de grippe les avait privés. Comme quoi, l’expérience sacerdotale de la pâte humaine n’enlève pas une certaine naïveté…à moins qu’il ne s’agisse de l’accomplissement de l’invitation du Christ à redevenir un enfant !...

Après la célébration de l’Eucharistie, et la visite à telle ou telle personne, je fus arrêté au niveau de la porte de sortie, tel l’indélicat par des vigiles de grande surface, et conduit à un « poste de sécurité » qui me fit perdre toute assurance ! Dans ce grand salon, vous m’attendiez, nombreux, souriants, chaleureux et intimidants.
Vous m’offriez, m’expliquèrent-vous par la voix de Marc, le témoignage de votre reconnaissance. Ce témoignage prenait la forme d’une nouvelle voiture. La surprise, l’importance et la déraison de ce don me coupèrent la parole. Aucune autre explication ne me vient à l’esprit, si ce n’est une allergie printanière qui m’irritait la gorge…

Comment ne pas être ému par une telle générosité de cœur ? Je vous le disais, en tant qu’homme (fils d’Adam) je ne peux qu’être sensible à l’acquisition d’une voiture, autrement dit, le jouet utile et grand format d’un adulte masculin… Mais, et c’est ce que je n’ai pu vous dire, je n’oublie jamais que le prêtre que je suis est aussi un homme avec ses limites et ses faiblesses ; un homme qui ne comprend toujours pas, à l’heure actuelle, comment il a pu susciter une pareille reconnaissance exprimée par tant d’affectueuse sympathie ! Vous me parliez de « mérite » et je conçois difficilement de « mériter » pareille réponse… Croyez que je ne cherche plus à comprendre ; je préfère vous exprimer ma plus sincère reconnaissance pour ce qui demeurera en grande partie un mystère, celui des âmes.

Au cours de la soirée, l’un d’entre vous affirma de façon plaisante que tout cela ressemblait fort à un cadeau de départ… Hélas, cela se révèle aujourd’hui une affirmation avérée !

Notre évêque met fin à ma mission curiale dans notre chère paroisse, après sept petites années au milieu de vous. Sept années qui resteront nécessairement inscrites dans ma mémoire – que nombre d’entre vous connaissent pourtant pour être semblable à celle d’un poisson rouge ! – comme le sont les fresques des temps jadis que ni le temps, ni la cendre n’ont pu effacer… Des années qui marquèrent ma première mission de curé de paroisse et qui me firent découvrir un peuple avec son histoire, son esprit propre, ses attentes, ses joies et ses peines. Il ne s’agissait pas seulement, à Croissy, de la vie d’une communauté catholique qui trouve son incarnation lors du rendez-vous dominical (et autres fêtes d’obligation !), même si, apparemment, pour beaucoup, il ne fut jamais possible de savoir d’une façon précise à quelle heure commençait la messe, ou s’il était facultatif d’attendre l’envoi du prêtre pour filer faire le marché… Non, il s’agissait aussi, à Croissy, de la vie d’une communauté humaine dont l’histoire chrétienne se mélange indéfectiblement à son histoire profane ; une communauté dont l’esprit demeure celui d’un « village » au sens le plus noble et le plus précieux du terme ! Une histoire qui s’inscrit dans le temps de la terre des rives de Seine, une histoire qui s’inscrit dans celle de chaque famille, de chaque personne !

Comment oublier ce qui me frappa dès la première messe dominicale, qui était précisément celle de la Saint Fiacre – ou fête de la carotte pour les amateurs de rongeurs – et qui me permis d’embrasser d’un regard général la chaleur de l’accueil d’une communauté ? Ce qui pouvait alors passer pour une impression ne cessa de se confirmer tout au long de mon court mandat, ne serait-ce que par l’attention et la joie que vous manifestez auprès de nos chers catéchumènes !

Il serait trop long de rapporter en détail ce qui occupe mes pensées déjà nostalgiques depuis quelques semaines que je porte ce lourd secret (même s’il fut éventé par certains…), mais je ne peux qu’évoquer la joie du pasteur qui eût le bonheur de conduire un peuple toujours nombreux à répondre à l’appel du Christ ; le bonheur d’avoir célébré des liturgies dont la beauté était rehaussée par le travail de nos animateurs et le talent de notre organiste ; le bonheur d’être si largement assisté dans le ministère pastoral par tant et tant de bonnes volontés au dévouement si généreux et dont certaines ont émigrées vers des horizons lointains, comme Lutèce ou Niort, sans cesser pour autant d’écouter battre le cœur de St Léonard ; le bonheur de croiser le regard pétillant et le sourire attachant de nos « crabes » ; le bonheur de rejoindre une partie du chemin du scoutisme croissillon et d’avoir partagé si souvent cette aventure aux souvenirs divers et dont la simple évocation fait naître le sourire aux commissures des lèvres ; le bonheur d’avoir accompagné vos larmes, porté vos joies, sentir votre confiance et, parfois, pardonner…

Je me réjouis pour le Père Guillaume Boideau, actuellement Curé de Bougival, qui viendra avec son chien Bosco. Je ne peux que lui souhaiter de connaître les mêmes joies sacerdotales et de plus grandes encore !

Je profiterai donc de votre générosité pour m’éloigner à Saint Nom-la-Bretèche où je sillonnerai souvent la campagne du Val de Gally pour desservir Chavenay et l’aumônerie.

Vous remerciant de ce que nous avons vécu ensemble, je vous garde en mon cœur de prêtre et vous bénis,

Père Jean-Michel Prouteau, encore votre curé

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